Comment je suis allée sur la Lune pour moins de 300 euros

Allez, j’abrège tout de suite le suspense…
 Je ne suis pas tout-à-fait allée sur la lune. Pas tout-à-fait… J’ai préféré passer une journée sur l’Etna, qui offre des paysages tout aussi lunaires ! Pour 200 euros le billet d’avion depuis Paris, et 80 euros le guide pour la  journée, on peut pourtant passer sa journée à se balader au bord de cratères fumants et marcher sur des dunes de basalte !
C’est ce que nous avons fait en juillet, avec la compagnie Gruppo Guide Etna Nord. Nos guides parlaient italien, anglais et français. Notre groupe était constitué d’une vingtaine de personnes, pour 2 guides.
La journée commence par un rendez-vous à 8h30 à Piano Provenzana (alt. 1825m), un hameau sur le versant nord de l’Etna, qu’on ne peut même pas appeler village car il ne consiste en fait qu’en une vingtaine de cabanes des différentes sociétés touristiques proposant des sorties sur l’Etna, un immense parking désert, une boutique de cadeaux et des  toilettes, rien de plus.

D’ailleurs, Piano Provenzana, le GPS ne connait pas !

Depuis Catania, il faut donc se rendre jusqu’à Milo (autoroute A18 jusqu’à la sortie Giarre, puis monter une petite route serpentant entre villages, vignes et plantations d’oliviers, ne pas suivre les pancartes marron ‘Etna’ car elles dirigent vers le flanc Sud).
Et, seulement au centre de Milo, 2 pancartes bien cachées et presque complètement effacées indiquent Piano Provenzana sur la gauche (ne pas suivre Linguaglossa tout droit). Depuis Catania, il faut bien compter 1h30 de route, donc se lever suffisamment tôt.
Piano Provenzana, ça ressemble donc à ça:
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Bon, il faut aussi avoir de la patience, car le guide ne part pas tant qu’il n’est pas sûr que la balade sera sûre: Ce petit nuage au-dessus de l’Etna, là, nous a forcés à annuler la randonnée !
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Finalement, l’excursion a été repoussée au lendemain, et, coup de chance, lorsque nous arrivons le lendemain le ciel est parfaitement dégagé et à 9h notre 4×4-bus de compèt’ entame la montée sur la coulée de lave de 1923, qui va nous permettre de longer des cratères de l’éruption de 2002, jusqu’à nous déposer quelques centaines de mètres plus haut après 40 minutes.
En arrivant à Piano Provenzana, on s’était dit:

‘ Tiens, il ne fait pas si froid ? ‘

(à peine une quizaine de degrés en plein mois de juillet), mais il ne faut pas s’y fier ! En descendant du bus, sur le versant exposé directement au vent, on se rend bien vite compte de notre erreur: il doit plutôt faire dans les 5 degrés ici ! D’ailleurs, il ya des blocs de neige cachés sous les cailloux ! Regardez pourtant comme on était bien emballées:
Là commence la partie difficile de la randonnée: 1h de montée pour environ 300 m de dénivelé. La montée commence sur une sorte de route, qui se transforme rapidement en chemin, qui… disparait bien vite pour nous laisser seulement les cailloux. On monte donc dans les cailloux de basalte, qui roulent sous nos pieds.
Chaussures de marche nécessaires (même si je l’ai fait en baskets…) pour protéger ses chevilles !
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Il fait froid et la montée est rude, mais déjà là on se rend compte de l’exceptionnel paysage qui nous entoure: Devant et au-dessus de nous, le sommet du volcan, crache des fines fumées blanches qu’on avait au début prise pour des nuages.
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Derrière nous, la coulée de lave s’étend jusqu’à 3 000 m plus bas, où l’on peut alors voir des villes au loin, quelques éoliennes, la mer, puis, tout au fond, la côté sicilienne:
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On débouche alors sur le bord du cratère:

Bocca nova (‘bouche nouvelle’, en français) !

Il fume des vapeurs de souffre chaudes, et je suis bien contente de pouvoir me protéger le nez avec mon foulard ! Au milieu des fumées, on distingue le fond du cratère, ainsi que l’autre côté du cratère. Petite pause photo de 15 minutes

Comme nous l’a gentiment fait remarquer l’un des guides, les éruptions de l’Etna ‘ne se prédisent pas’, alors pour plus de sécurité, on ‘limite’ le temps passé au bord du cratère… D’ailleurs, les dernières éruptions ont eu lieu en mai 2016 et en novembre-décembre 2015… Le guide nous montre ses photos du nuage de fumée, qui montait alors
jusqu’à 5 km au dessus du cratère ! Pas très rassurant …

Puis on redescend en pente douce sur le versant du volcan. La partie difficile est terminée ! Maintenant, on a surtout l’impression de marcher dans un désert, sur des dunes… de basalte ! En passant le long d’une faille, d’où s’est écoulée la lave, on peut descendre dans le creux et sentir l’air chaud qui vient encore de l’intérieur du volcan.

Et pourtant, il y a aussi de la neige !
Le reste de la randonnée consiste en une descente ans une épaisse couche de cailloux de basalte. Nos pieds s’enfoncent jusqu’aux chevilles et les petits cailloux rentrent dans les chaussures, c’est pourquoi je vous conseille d’être un peu plus équipés que nous, avec des chaussures de montagne montantes ainsi que des hautes chaussettes ou des guêtres !
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La meilleure technique est de descendre en courant, presque en volant, comme nos guides, pour que les pieds s’enfoncent le moins possible, mais ça génère aussi une sacrée poussière noire qui recouvre le visage, les vêtements, le sac… et mon appareil photo ! Pensez d’ailleurs à vous équiper de lunettes de soleil pour se protéger de la poussière dans les yeux.

 

Une petite demi-heure de pause pique-nique est prévue près de l’observatoire (alt. 2 800m) et ensuite la descente reprend, mais se termine par un paysage complètement différent: comme la pente est plus douce et qu’il y a aussi des cailloux, petit à petit des plantes se mettent à pousser, il y a aussi beaucoup moins de vent, et le paysage est maintenant totalement bicolore, entre le vert des plantes et le noir du basalte. On croise même des moutons !
Cette longue longue longue descente nous ramène à Piano Provenzana, en passant par la forêt pour finir, pour voir ce que notre guide appelle:

l’arbre éléphant

(il faut quand même pas mal d’imagination pour reconnaitre l’éléphant…)
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Dans les derniers mètres, on marche le long de la coulée de lave de 2002. Là, la vue est surprenante: la lave semble toute fraichement étalée, la pierre a pris la forme de longues trainées en séchant. Quelques arbres se sont retrouvés pétrifiés et donnent un aspect fantomatique à l’ensemble, blancs, contrastant avec le noir tout neuf de la coulée.
C’est assez rigolo aussi de voir que parfois, la nature reprend le dessus, là où elle le peut !
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En résumé, ce à quoi vous devez vous attendre en faisant cette randonnée:

– Des paysages lunaires (au risque de me répéter), une balade le long des cratères de 2002 et du cratère Bocca Nova
Du sport ! 300 m de dénivelé en montant, presque 1 000 m de dénivelé en descente, et un bon jogging dans les cailloux
Une vue à couper le souffle, à 180 degrés sur la Sicile, les îles Eoliennes, et même la côte italienne
La solitude et le silence, en tout cas si le sifflement du vent dans les oreilles peut être considéré comme du silence !

Et puis, les petites choses à emporter qui peuvent vous éviter que cette journée se transforme en cauchemar:

 – Un bon pull ou polaire ainsi qu’un coupe-vent ! Nécessaire si vous ne voulez pas trembler de la tête aux pieds toute la journée.
– Vos lunettes de soleil, voire même votre masque de plongée si vous y tenez vraiment, pour se protéger de la poussière !
– De bonnes chaussures de marche, celles qui tiennent bien la cheville.
– Des guêtres ou des chaussettes qui montent bien haut, pour éviter les petits cailloux qui rentrent dans les chaussures…Un foulard autour du cou complètera bien votre attirail et sera bien utile pour se protéger le nez en traversant les vapeurs de souffre.

Bon voyage…

Juillet 2016