Deux jours de randonnée dans la Serra Tramuntana

Ça fait presque un an déjà, il est temps de consacrer un article à l’une de mes découvertes solo ! L’année dernière, une lubie (une ‘zinne‘ comme on dit à Bruxelles…) m’a prise… Celle de partir seule (encore), mais surtout de faire une randonnée sur plusieurs jours dans un coin bien connu des marcheurs (surtout des randonneurs allemands):

L’île de Majorque

Pourtant je n’ai pas tellement l’habitude de marcher ! J’ai chaud très vite, je trouve que c’est lent, que les paysages ne changent pas assez vite, mon sac me pèse dans le dos… Mais voilà, cette fois-ci, j’avais envie de profiter des merveilleux paysages de l’île vus depuis les montagnes, et peut-être aussi envie de me prouver à moi-même que j’en étais capable…

Majorque se prête bien aux randonnées en autonomie, et surtout autour du mois de mai, quand le climat est assez clément, pas encore trop chaud. Il existe un chemin de 168 km reliant d’anciens sentiers de muletiers et paysans, la Ruta de Pedra en Sec, en catalan (Route de la pierre sèche, GR221). Sur une longueur totale de 168 km, cet itinéraire classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO propose de nous faire découvrir, outre les paysages montagneux de la Serra Tramuntana, des vestiges historiques de l’île: en particulier, les sections que j’ai parcourues sont parsemées de constructions en ‘pierre sèche’, c’est-à-dire imbriquées les unes dans les autres sans ciment: des murets, des chemins pavés, des ‘maisons à neige’ dans lesquelles était stockée la neige pour la transformer en glace avant de la descendre au village, des terrasses…

Il semble que le GR221 soit fait pour être parcouru d’ouest en est, et tous les panneaux indicateurs donnent les temps de parcours, dénivelé, informations etc dans ce sens. Moi, j’ai fait le chemin dans l’autre sens, depuis le Monastère de Lluc, au centre de l’île, jusqu’à Sóller, plus proche de la côte. Cette étape se fait en deux bons jours.


Jour 1: Du Monastère de Lluc au refuge Tossals Verds (Section 6)

Pour moi, le réveil sonne à 7h et je quitte les lieux à 8h. Étant donné mon manque de tolérance à la chaleur, je préfère me lever tôt et avancer au maximum avant que le soleil ne chauffe trop. J’avais repéré le jour précédent l’entrée du chemin, derrière le parking, en montant dans la forêt. Dès le début, sans pitié, on monte raide dans la forêt, et avec mon sac de huit kilos sur le dos, je commence déjà à transpirer ! Le chemin est large, pas trop difficile, et de temps en temps je croise quelques petites chèvres en liberté qui s’échappent bien vite en m’entendant approcher.

Après 30 minutes, le chemin croise la route (au niveau du panneau [2]) et continue à grimper de l’autre côté. Tout est bien indiqué, il est impossible de se perdre.

Après 45 min, j’arrive à ma première ‘maison de neige’: la Casa de neu de son macip: une pancarte m’indique la Casa à droite du chemin; j’hésite un peu à m’éloigner mais en fait elle est juste là, à 50m à peine:

Après cette petite pause, je continue à monter un chemin en zigzag encadré par deux murets de pierre blanche, les pierres roulent sous mes pieds.

Petit à petit, j’émerge de la forêt. En regardant l’heure et en me rendant compte que je ne suis partie que depuis une heure, j’ai un peu peur…  Je suis en nage, j’ai déjà mal au genou… Je commence à me demander sérieusement ce que je fais là et si je vais vraiment être capable de terminer ces deux jours de randonnée ! A un certain moment, j’émerge carrément des arbres pour avoir une vue incroyable sur les montagnes, c’est là que je me rends compte à quel point je suis haut ! La vue en vaut vraiment la peine, je distingue la mer sur ma droite et devant moi, derrière un panorama à 360 degrés sur les montagnes qui m’entourent, toutes moins élevées que là où je me trouve.


Juste au-dessus de moi, le sommet se découpe en rochers escarpés blancs, qui pointent vers le ciel et m’empêchent de voir ce qui se passe plus loin ou de l’autre côté. Le chemin raide monte jusqu’à atteindre ces rochers, je me demande un peu si ça ne va pas finir en escalade ! Mais tout d’un coup, après ces huit cents mètres de dénivelé positif depuis que j’ai quitté le monastère, je bifurque sur le flanc de la montagne et débouche sur un plateau couvert de hautes herbes, la seule végétation, et enfin, enfin, une touche de vent monte de la mer pour me rafraichir un peu ! Je regarde ma montre: voilà, ça fait trois heures, j’ai parcouru environ la moitié du trajet de la journée…

Seule tout au bout du plateau, se trouve la Casa de Neu de Galileu, à côté de laquelle se promène un malheureux petit mouton, perdu dans ce décor désertique et sec.

Le temps d’une petite pause et le soleil se rappelle vite à moi: hop, c’est reparti entre les herbes hautes, le chemin se découvre petit à petit au fur et à mesure de l’avancée, et moi qui croyait être arrivée ‘au bout’, face aux rochers, je découvre en fait petit à petit que le sentier sinue entre les pierres pour passer de l’autre côté, redescendre sur le flanc ouest de la montagne et traverser la vallée suivante…

Là commence la partie vraiment difficile de la journée: En plein soleil, je n’ai plus de forces, plus de motivation, je suis toute seule et j’hésite très fortement à faire demi-tour… Tout en me disant que l’arrivée est probablement aussi proche que le départ, alors tant qu’à faire que de marcher trois heures, autant continuer dans la bonne direction… Je longe le flanc de la montagne en descendant un peu, puis tout d’un coup le sentier remonte en sinuant sur le flanc d’en face.

Tout d’un coup, en contrebas du chemin, je distingue enfin quelques bâtiments en pierre, des gens assis sur une terrasse ombragée, dans un creux de la montagne… C’est le refuge ! Je cherche une route du regard, il n’y en n’a aucune, simplement quelques chemins arrivant des quatre directions et convergeant vers le refuge. Les bâtiments datent du 19e siècle et sont complétés d’un petit jardin ombragés dans lequel il reste des parties de l’ancien moulin à huile. Le refuge se trouve à 525m d’altitude.

Le gars, pas aimable du tout, me fait encore poireauter pour s’occuper des cafés et des sandwiches des clients, mes jambes tremblent, j’ai chaud et soif et je suis toute poisseuse, je rêve de prendre une douche mais je dois attendre que monsieur se libère. Quand il décide qu’il veut bien s’occuper de moi, il me dit qu’il doit savoir si je souhaite dîner ou non. Sans me dire ce qu’il y a au dîner… Et quand je demande: ‘Today we have fish !’ Je n’arriverai pas à avoir plus de détails, alors j’accepte le dîner, de toute façon je n’ai presque plus rien à manger dans mon sac et ici, il n’y a RIEN. Pas de magasin, de supérette, de vente de fromage ou de pain, rien à part les bâtiments du refuge. J’ai déjà de la chance qu’il y ait des employés et qu’ils proposent un service de restauration… Finalement il me montre la chambre, les deux lits encore libres entre lesquels je peux choisir, et repart aussi sec. Il ne me donne pas de draps ni de serviette, il ne m’indique pas les douches ni les toilettes, débrouille-toi toute seule !

Le reste de l’après-midi se déroule à moitié entre sieste au soleil, discussion avec les nombreux randonneurs allemands, lecture, et migraine. Je suis épuisée, inquiète de ne pas savoir dans quel état je serai demain matin en me réveillant, toute courbaturée, capable ou non d’enchaîner sur une deuxième journée encore plus longue que la première… Aujourd’hui il m’aura fallu six heures pour terminer les 15 km de la Section 6 – et demain, 21 km m’attendent pour relier Sóller !


Jour 2: Du refuge de Tossals Verds à Sóller et Puerto Sóller (Section 5)

Lever à 7h, je profite du frugal petit déjeuner, quelques morceaux de fromages industriel et de pain tout sec, pas terrible du tout. Par contre l’avantage est que j’ai pu me servir en pain et fromage pour la journée. Je me sens reposée et fraiche, allez, courage, c’est parti ! Départ à environ 7h45, je prends la direction de ‘Pas Llis‘.

C’est au bout de quelques minutes de marche que mon portable a décidé de lâcher, en supprimant toutes mes photos et contacts, et en décidant de ne plus reconnaître mes cartes SIM belges, m’empêchant donc complètement de communiquer… Heureusement, grâce à ma 3e carte SIM, française, que je pourrai utiliser au soir, j’arriverai à récupérer mes contacts dès que je pourrai me connecter au wifi. Par contre, toutes les photos que j’ai faites le jour précédent sont perdues !

J’essaie de ne pas trop y penser, après tout ça ne changera rien à ma journée: je suis seule dans la montagne, il fait frais, tout est calme, les paysages sont époustouflants, autant en profiter un maximum !

Comme me l’avait indiqué un des randonneurs du refuge, après avoir contourné la montagne, je me retrouve à un endroit assez technique où il faut descendre le long d’un rocher, à moitié en escalade, et avec le sac dans le dos qui me déséquilibre, je n’ai pas trop confiance. Heureusement il y a des chaînes pour m’aider. C’est aussi là que deux allemands avec qui j’avais discuté la veille, me rejoignent, ce qui me rassure vraiment: j’essaie de suivre la fille en me disant que si elle peut le faire, moi aussi ! Ensuite ils me dépassent et ce ne sera que plus tard que je les rejoindrai, tout en haut d’une crête où on traverse un mur de pierre avant de passer de l’autre côté et apercevoir le lac de Cuber en contrebas.

Ensuite commence la descente jusqu’au lac (dix minutes) puis tout un passage à plat où je longe le lac et continue dans la vallée vers le Col de L’Ofre. J’ai adoré ce passage ! Le paysage était magnifique, le lac encaissé dans une cuvette de montagne apportait un peu de fraicheur dans l’air, et tout était si calme !

Le chemin arrive de la montagne au coin nord-est du lac, et longe tout le côté ouest. Au bout du lac, il continue encore un peu tout droit en recommençant légèrement à monter, jusqu’à ce qu’on arrive au Col de L’Ofre, d’où on aperçoit Biniaraix en contrebas. A partir de ce col, je ne fais que descendre, descendre pendant 3h. La dernière section d’1h30 se fait sur des chemins pavés en plein soleil, je n’en peux plus tellement j’ai chaud ! Mais encore une fois, la vue en vaut vraiment la peine: au fur et à mesure que l’on redescend de la montagne vers les habitations, le paysage se transforme pour être moins sauvage: on distingue des terrasses cultivées, certaines remplies d’oliviers, quelques bâtiments dont la pierre se font dans le paysage.

Une fois arrivée à Biniaraix, la direction de Sóller est très mal indiquée: la seule solution que je trouve alors, est de suivre les pancartes des voitures en longeant la route pendant environ 40 minutes, alors qu’il y avait visiblement un autre chemin piéton…

Finalement j’arrive à Sóller à 15h15 ! Il m’aura aujourd’hui fallu 7h30 pour venir à bout de la Section 5 de la Ruta de Pedra en Sec. Pourtant, cette deuxième journée m’a paru plus facile que la première: moins de dénivelé, et plus de variété, ça aide !

Maintenant arrivée saine et sauve (et seule !) à Sóller, je passe le reste de la journée à me reposer, car les jours suivants seront eux aussi remplis de visites, promenades, et découvertes en tout genre !

Récapitulatif de ma randonnée de 2 jours:

  • Dénivelé: Section 6 (1er jour) +848 m et -869 m / Section 5 (2e jour) +300 m et -900 m
  • Distance: Section 6: 16 km / Section 5: 21 km
  • Temps de parcours: Section 6: 6h pour une marcheuse petit niveau (mais sportive quand même) / Section 5: 7h30
  • Plus d’infos et détail du parcours ici

Avril 2018